Le Docteur Dominique Brousse, Docteur en Médecine, diplômé en toxicologie clinique et hygiène industrielle, ancien attaché au CHRU de Tours  en pathologie respiratoire et chargé d’enseignement universitaire au CNAM, au CNRS et à la faculté d’Orsay et le Docteur Jean-Christophe Martin, Docteur en Médecine, expert en toxicologie clinique et hygiène industrielle, diplômé en santé publique, praticien hospitalier au service de pathologie professionnelle de l’Hôpital Cochin ont répondu à des questions sur les retombées chimiques du projet de la centrale électrique à Hambach.



Êtes-vous pour ou contre le projet de Centrale électrique à combiné gaz à Hambach ?

DB : Nous ne sommes ni pour, ni contre ce projet de centrale électrique. En fait la Communauté d'Agglomération Sarreguemines Confluences nous a mandaté pour donner un avis d’expertise toxicologique vis-à-vis des différents risques et impacts sanitaires pour les populations environnantes. Il faut comprendre que nous ne sommes ni à charge, ni à décharge dans ce dossier, mais nous agissons en tant qu’experts indépendants et nous rendrons un avis factuel, argumenté et objectif sans prendre partie. Nous ne sommes là ni pour rassurer, ni pour inquiéter, mais pour informer à la fois les autorités locales et les populations avoisinantes sur les risques sanitaires encourus par ce projet d'implantation d'une centrale électrique sur l'Europôle 2 à Hambach.


Vous avez travaillé à partir de quelles données ? Celles données par la société Direct Energie ?

JCM : Nous avons travaillé à partir du document de demande d’autorisation d’exploiter d’une installation classée (DDAE), c’est un document détaillé et  réglementaire rédigé par Hambrégie, filiale de Direct Energie et transmis par la Communauté d'Agglomération Sarreguemines Confluences.

 

Seulement les données favorables de Direct Energie ?

DB : Les données qui ont été mises à notre disposition dans le dossier de demande d’exploiter sont le résultat du travail de différents cabinets d’expertise. On peut ainsi trouver les compte-rendus d’expertise concernant le bruit et ceux concernant les rejets atmosphériques, qui font appel à des logiciels de  modélisation de dispersion atmosphérique, dont le logiciel ADMS4 qui est recommandé par l’InVs (Institut National de Veille Sanitaire) et  l’INERIS et qui ont pour de but d’évaluer les taux et les concentrations des rejets atmosphériques au droit des cheminées au niveau de la centrale et au niveau des habitations situées à proximité.


Avant de commencer l’interview, on entend beaucoup de choses sur ce projet de centrale électrique, quelle est la différence entre risque et danger ?

DB : C’est une excellente question car une partie de la problématique tourne autour de ces définitions. On a vu dans la presse ou dans un certain nombre de sites Internet que l’inquiétude vis à vis des dangers potentiels de la centrale électrique Hambrégie était très importante et que la population se posait des questions à juste titre. Il ne s’agit pas là de dire : « circulez, il n’y a à rien à voir » et que la centrale électrique ne rejette rien et ne crée aucune nuisance. La question est de savoir à quel niveau réel de risque les populations qui sont situées à proximité sont exposées. Rappelons que le risque est en fait la probabilité d’être exposé à un danger donné, qu’il soit biologique comme les légionelles, physique comme le bruit ou les champs électromagnétiques ou chimique comme les émanations d’oxyde d’azote, d’oxyde de soufre, ou de monoxyde de carbone.


Quels sont les risques que vous avez étudiés ? Vous vous êtes répartis les tâches entre vous ?

DB : Oui chacun d’entre nous s’est intéressé plus spécifiquement à un certain nombre de risques. Pour ma part, il s’agit des NOx, des SOx, du bruit et du risque légionelles lié à l’exploitation des tours aéro-réfrigérantes, le Docteur Martin s’occupant des rejets de CO et CO2, des champs électromagnétiques et des particules fines.


Docteur Brousse vous avez étudié les nuisances sonores, que peut-on dire pour les riverains ?

DB : Au vu du dossier de demande d’autorisation d’exploiter fourni par la Communauté d'Agglomération Sarreguemines Confluences sur la base des données fournies par la société Hambregie, les impacts sonores liés à l’implantation de la centrale électrique, aussi bien en période diurne que nocturne, sont conformes à la réglementation en vigueur, qu’il s’agisse de l’émergence de bruit supplémentaire par rapport aux bruits ambiants déjà existants au niveau des ZER ( Zone à Emergence Réglementée) ou des niveaux de bruit en limite de propriété . Pour faire simple qu’il s’agisse des habitations les plus proches de la centrale électrique Hambrégie ou en limite de propriété, les niveaux de bruit estimés sont conformes à la réglementation en vigueur.

 

Conforme à la réglementation ? Pour les riverains, nous aimerions savoir s’il y  aura plus ou moins de bruit que la situation actuelle ?

DB : C’est ce que j’allais préciser. En limite de propriété, en particulier pour les points qui se situent au Nord et au Nord-Est du site, la nuisance sonore principale, c’est le trafic automobile de l’autoroute A4 qui passe à proximité. Le fait d’installer la centrale électrique Hambrégie ne générera pas de bruit supplémentaire par rapport à cette nuisance déjà existante.

 

Docteur Martin vous avez étudié d’autres risques, les particules. Que pouvez vous nous dire sur ce sujet ?

JCM : Tout d’abord à notre connaissance, Hambrégie est l’un des rares exploitants à avoir étudié le risque particules fines dans son dossier de demande d’autorisation d’exploiter.


Ce n’est pas habituel ?

JCM : Ce n’est généralement pas habituel puisque l’on considère que les centrales à combiné de gaz ne rejettent pas de particules. Ce qui est presque vrai puisqu’ elles rejettent au maximum les particules qu’elles aspirent, car l’air qui va servir à la combustion contient déjà des particules. Pour les particules fines inférieures à 2,5 microns, les calculs ont été réalisés à partir de modèles de dispersion atmosphérique en prenant les hypothèses les plus majorantes. La valeur toxicologique de référence qui a été retenue par la société Hambregie dans son dossier d’autorisation d’exploiter est celle recommandée par l’OMS et qui est de 10 microgrammes par mètre cube en moyenne annuelle, alors que la réglementation européenne fixe un seuil correspondant à l’objectif  à atteindre pour 2010 de 25 microgrammes par mètre cube, donc deux fois et demi plus important et qui n’aura de valeur contraignante qu’à partir de 2015.


Donc inférieurs aux valeurs recommandées par l’OMS et par la réglementation française ?

JCM : Les valeurs calculées au niveau des habitations les plus proches sont au maximum de 0,6 microgramme mètre cube, donc très nettement inférieur à la valeur toxicologique de référence avec un indice de risque pour la population générale avoisinante inférieure à 1, que l’on peut donc qualifier d’acceptable.


Est-ce que vous avez étudié d’autres risques ?

JCM : Nous avons envisagé les autres dangers ou nuisances générés par l’exploitation de la centrale électrique. Premièrement une nuisance qui  revient régulièrement  dans les médias, celle liée aux légionelles des tours aéro-réfrigérantes et une autre problématique récurrente celles des champs électromagnétiques causés par les lignes à haute tension.


Là dessus on a les réponses ou elles viendront plus tard ?

JCM : Concernant les légionelles, il est déjà possible de fournir des éléments de réponse, car il y a une obligation réglementaire de résultat.

Pour les champs électromagnétiques générés par les lignes à haute tension, les lignes ne sont pas encore construites, mais la réponse que nous avons obtenue de l’exploitant c’est que les lignes vont être souterraines, tout en sachant que ces lignes appartiendront à RTE filiale d’EDF.

DB : Pour les légionelles, il faudra s’assurer de la part de la société exploitante qu’elle puisse maintenir un taux de légionelles au niveau des bacs de rétention de tours aéro-réfrigérantes inférieur à 103 unités formant colonies. On sait actuellement qu’au delà de 105 UFC/l, il existe un risque sanitaire en particulier pour les populations fragilisées, et qu’en dessous de 102 UFC/l il n’y a pas de risque majeur avéré pour la santé. Il va donc falloir s’assurer auprès de la société exploitante que les matériaux utilisés pour la construction ne favorisent pas le développement du biofilm favorable à la croissance des légionelles, que les mesures visant à limiter la dispersion des micro-goutelettes et à faciliter le nettoyage régulier (dévésiculeur d’air et trappes de visite) puissent également être appliquées et que les processus de désinfection (par chloration, par un autre biocide ou par choc thermique) soient bien effectués. De même, il est impératif que des contrôles soient réalisés périodiquement, une fois par mois par exemple, pour s’assurer que le taux de légionelles reste inférieur à 103 UFC/l, le risque pour la population générale étant alors maitrisé. Rappelons que la légionellose se transmet par inhalation des micro-gouttelettes d’eau pouvant contenir des légionelles et provenant du panache de vapeur issu des tours aéro-réfrigérantes ou TAR. A signaler à ce sujet que les TAR seront situées à plus de 600m des habitations les plus proches, classant la centrale en catégorie 4 (risque le plus faible) vis-à-vis du risque légionelles.


Pour les oxydes d’azote et  les oxydes de soufre et pour le monoxyde de carbone quels sont les risques avec vos premières analyses dans ces domaines ?

DB : Effectivement le risque majeur lorsque l’on parle de centrale thermique, ce sont les émanations de NOx et de SOx, c'est-à-dire les oxydes d’azote et les oxydes de soufre et plus particulièrement de deux de ses représentants le dioxyde de soufre SO2 et le dioxyde d’azote NO2. Rappelons à ce sujet qu’il existe  un certain nombre de valeurs seuils qu’il ne faut pas dépasser. Il s’agit des seuils d’alerte qui traduisent la toxicité aigue. Ce seuil pour le SO2 est de 500 microgrammes par mètre cube en moyenne horaire et pour le NO2 de 400 microgrammes par mètre cube. Il existe aussi des valeurs guides objectifs qualité de l’air pour l’OMS et pour la France à l’horizon 2010, qui reflètent le risque en cas d’exposition chronique. Pour le SO2, cette valeur guide est de 50 microgrammes par mètre cube en moyenne annuelle et pour le NO2 de 40 microgrammes par mètre cube. Enfin, il existe des seuils à partir desquels il est possible d’observer des effets sur la population générale à type d’irritation laryngée ou bronchique et qui sont d’environ 100 microgrammes par mètre cube pour le SO2 et d’environ 80 microgrammes par mètre cube pour le NO2. Si maintenant on s’intéresse aux émanations de la centrale, on constate que  le taux de SO2 serait de l’ordre de 0,5 µg/m3 au niveau des premières habitations. Ces 0,5µg/m3, il faut les rapprocher des 50µg/m3 objectif qualité de l’air et des 500µg/m3 correspondant au seuil d’alerte où l’on doit arrêter l’exploitation. Idem pour le taux de NO2 rejeté par la centrale et estimé au niveau des premières habitations à 3µg/m3 et qu’il faut comparer au seuil d’alerte de 400 µg/m3 et à la valeur guide objectif qualité de l’air pour 2010 de 40µg/m


On est donc bien en deçà des seuils qui peuvent présenter un problème ?

DB: Les taux de SOx ou de NOx rejetés par la centrale sont bien en deçà des valeurs guides réglementaires qui ont servi de valeurs toxicologiques de référence et ce sont ces valeurs réglementaires les plus restrictives qui ont été utilisées pour évaluer le risque potentiel pour les populations environnantes. Rappelons que l’indice de risque est calculé en divisant le taux estimé au niveau des premières habitations par la valeur toxicologique de référence la plus restrictive. Lorsque l’on effectue les calculs de risque, l’indice de risque pour la population générale située à proximité de la centrale est nettement inférieur à 1, ce qui  signifie que le risque pour la population est acceptable, voire négligeable.


Docteur Martin, et pour le monoxyde de carbone ?

JCM : La question se pose différemment ; le monoxyde de carbone est habituellement mesuré  pour vérifier la qualité de l’air.  Il y a une valeur guide qui est de 10 mg par m3. Pour les habitations les plus proches, les modèles de dispersion des rejets donnent une valeur de 6 microgrammes par m3, c’est-à-dire bien inférieure aux normes recommandées.


Lorsque l’on vous écoute, on comprend bien que ce sont des débats techniques pas faciles à suivre, quelle serait votre conclusion Docteur Martin ?

JCM : Le dossier de demande d’autorisation d’exploiter nous parait très complet et réalisé en utilisant une méthodologie satisfaisante. D’un autre coté, nous achevons la rédaction d’un rapport d’expertise que nous remettrons à la CASC et qui comportera un certain nombre de recommandations concernant l’impact sur la santé pour les populations environnantes.


Et pour vous Docteur Brousse ?

DB : Je dirais  en conclusion qu’après examen minutieux du dossier de demande d’autorisation d’exploiter qui nous a été remis par la Communauté d'Agglomération Sarreguemines Confluences, on peut considérer que le risque évalué pour la population générale apparait tout à fait acceptable et maitrisé vis-à-vis des différents dangers physiques, chimiques ou  biologiques qui ont été clairement identifiés dans ce rapport.