RAPPORT D’EXPERTISE

EVALUATION DES IMPACTS SUR LA SANTE HUMAINE DE L’IMPLANTATION D’UNE CENTRALE ELECTRIQUE A GAZ

SUR LA COMMUNE DE HAMBACH (Moselle)

 
img_RAPPORT-MEDECIN
 

En tant que praticiens et experts en toxicologie clinique et industrielle,

nous avons été sollicités par Communauté d’Agglomération de

Sarreguemines Confluence (CASC) pour la rédaction d’un rapport

visant à évaluer l’impact sanitaire sur les populations environnantes

vis-à-vis des risques physiques, biologiques, et chimiques, liées à la

future implantation de la centrale à cycle combiné gaz d’HAMBREGIE

sur la commune de Hambach située en Moselle.

 

Ce rapport a été élaboré sur la base des informations et mesures

contenues dans le dossier de demande d’autorisation d’exploiter une

installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE)

fourni par la société HAMBREGIE à la CASC, en particulier en ce qui

concerne l’impact sur la santé des différents rejets atmosphériques et

du bruit, à l’aide des modélisations de dispersion des polluants dans

l’atmosphère et des cartographies sonores fournies.

L’objectif de ce rapport n’est pas d’évaluer les risques professionnels

qui pourraient exister aussi bien lors de la construction que de

l’exploitation de la centrale, ces risques étant pris en compte par la

réglementation du Code du Travail, mais d’évaluer le risque sanitaire

pour la population générale environnante située à proximité de la

centrale. Rappelons que le risque est une probabilité d’occurrence,

qui dépend du danger des substances, mais aussi du niveau

d’exposition (risque = danger x exposition), l’exposition étant

directement corrélée aux caractéristiques physico-chimiques des

substances incriminées, à leur concentration dans l’atmosphère, ainsi

qu’à la fréquence et à la durée de l’exposition. Le risque est donc la

probabilité d’être exposé à un danger, que ce danger soit de nature

physique, chimique ou biologique.

 

Ce rapport a été rédigé par le Docteur Dominique Brousse, Docteur

en Médecine, diplômé en toxicologie clinique et hygiène industrielle,

ancien attaché en pathologie respiratoire au CHRU de Tours, chargé

d’enseignement universitaire au CNAM, au CNRS et à l’UFR d’Orsay

et par le Docteur Jean Christophe Martin, Docteur en Médecine,

expert en toxicologie clinique et hygiène industrielle, diplômé en santé

publique, épidémiologie et radioprotection, praticien hospitalier

attaché au Service de Pathologie Professionnelle de l’hôpital Cochin

(Paris 14e).

 

 

I) RISQUE PHYSIQUE

 

1) Bruit et nuisances sonores

 

En conclusion :

 

Il apparait que le niveau de bruit de jour comme de nuit est

essentiellement dû au trafic routier au niveau de l’autoroute A4.

Concernant les évaluations des niveaux sonores estimées en limite

de propriété après l’implantation de la centrale et tenant compte du

niveau de bruit résiduel déjà présent à proximité de la centrale, ils ne

dépasseront pas 64,5dB(A) de jour, ce qui ne devrait pas ajouter de

nuisances sonores supplémentaires aux nuisances sonores déjà

existantes.

 

Concernant les évaluations au niveau des 3 zones à émergence

réglementée (ZER) correspondant aux habitations les plus proches de

la centrale (LP5), les calculs d’émergence par rapport au bruit

résiduel déjà existant ne montrent pas de dépassement de la valeur

seuil réglementaire de 4 dB(A) de jour comme de nuit.

En conséquence, l’ensemble des mesures effectuées et des

simulations montrent des résultats conformes à la réglementation en

vigueur pour les ICPE en limite de propriété et pour les habitations

situées à proximité de la centrale au niveau des ZER identifiées.

Les calculs d’atténuation de bruit en fonction de la distance

permettent donc de conclure à l’absence d’impact acoustique pour la

commune de Willerwald-Hambach située à 1,4 km et pour les 3

principales ZER identifiées situées à proximité de la centrale.

Signalons que les mesures techniques et organisationnelles

envisagées par la société sont de nature à limiter les émissions

sonores de l’installation. Toutefois, des mesures de bruit (sonométries

ponctuelles et dosimétries de bruit sur 24 heures) devront être

réalisées après implantation de la centrale, en limite de propriété et

au niveau des habitations les plus proches (ZER), afin de s’assurer de

la justesse de ces évaluations.

 

 

 

2) Champs électromagnétiques crées par les lignes à haute tension

 

L’évacuation de l’électricité produite par la centrale s’effectuera pour

l’une des deux unités en 225 kV par raccordement souterrain sur le

poste existant de Sarreguemines et pour la seconde unité en 400 kV par

liaison souterraine sur un nouveau poste créé, en coupure, sur la ligne

400 kV Vigy-Marlenheim.

S’il permet la sauvegarde du paysage, le choix de lignes électriques

souterraines est aussi un choix qui permet d’amoindrir l’intensité des

champs électromagnétiques (cf. Annexe 4).

Sur le site de la centrale, seront créés par ordre d’importance des

sources de champs électromagnétiques : les transformateurs principaux

en sortie des alternateurs et dans une moindre mesure les alternateurs

dans les bâtiments turbines. Toutefois, il est raisonnable de penser que

les champs électromagnétiques produits par ces structures (un

transformateur est conçu de façon à concentrer le champ magnétique en

son centre) n’ajouteront, en tant que tel, pas d'impact significatif sur la

santé.

 

RECOMMANDATION

 

Bien que non obligatoire, il serait intéressant de réaliser avant la

construction de la centrale une cartographie des champs électriques et

magnétiques déjà présents. Les points d’intérêt pourraient être :



1. Les zones à émergence réglementée (ZER) identifiées dans le

chapitre concernant les nuisances sonores, à savoir :

 

- point n°1 : une habitation située à 950 m de la bordure Ouest du

site.

- point n°2 : une habitation située à 650 m de la bordure Sud-Ouest

du site.

- point n°3 : une habitation située à 800 m de la bordure Sud Ouest du

site.



2. Des points situés aux limites habitées les plus proches des

communes avoisinantes



3. Des points en limite du terrain occupé par la centrale

4. Tout point jugé utile



Ces mesures pourront être renouvelées après construction en phase de

fonctionnement des 2 turbines afin de vérifier la conformité des

installations aux recommandations précédemment citées.

 

II) RISQUE BIOLOGIQUE :

Légionelles et tours aéro-réfrigérantes

 

Conclusion

 

En se basant sur les données disponibles, on peut considérer que

l’impact sanitaire sur les populations environnantes et le risque de

contamination par les légionelles contenues dans le panache de

vapeur d’eau dégagé par les tours aéro-réfrigérantes (TAR)

n’apparaissent pas à priori significatifs, du fait de la classification en

catégorie 4 de l’installation située à plus de 600m des habitations

(risque faible) et sous réserve de respecter à la source la valeur limite

de 103 UFC/l (seuil d’alerte) au niveau des circuits de refroidissement

et des bacs de récupération des TAR.

Précisons que la conception envisagée par la société exploitant la

centrale et l’entretien du circuit d’eau de refroidissement sont de

nature à limiter le taux de légionelles en dessous du seuil

réglementaire présentant un risque sanitaire fixé à 103 UFC/l.

Le respect de cette valeur seuil au niveau du circuit de

refroidissement sera obtenu par des mesures appropriées, à savoir :

 

- des mesures techniques visant à limiter la corrosion et le

développement du biofilm par le choix de matériaux appropriés, à

faciliter l’entretien des TAR (trappes de visites) et à limiter la

diffusion des micro-gouttelettes vers l’extérieur (dévésiculeur d’air

et pare-gouttelettes),

 

- des contrôles réguliers du taux de légionelles, effectués avec une

fréquence à déterminer d’un commun accord avec les autorités (à

priori mensuelle) et notés dans un carnet de suivi,

 

- un traitement régulier des eaux du circuit de refroidissement, de

préférence par chloration ou autre biocide,

 

- des traitements de choc thermique (> 70°C) ou chimique, qui

pourront être mis en place si le taux de légionelles atteint ou

dépasse 105 UFC/l (seuil d’intervention).

     

III ) RISQUE CHIMIQUE



1) Les oxydes d’azote et oxydes de soufre (NOx et SOx)

 

 

Compte tenu des résultats exprimés par les systèmes de modélisation

permettant de calculer les concentrations inhalées pour les NOx et le

SO2 (produits non CMR), on peut considérer que le risque sanitaire

pour les populations environnantes en cas d’exposition aigue ou

chronique par inhalation n’est pas significatif par rapport à celui déjà

engendré par les installations industrielles existantes, la pollution

automobile et les systèmes de chauffage individuel à fioul, à gaz et à

charbon dans les communes situées à proximité.

Les données communiquées dans le dossier d’autorisation d’exploiter

une installation classée (DDAE) indiquent que les concentrations

atmosphériques modélisées au niveau des premières habitations

sont très nettement inférieures aux valeurs toxicologiques de

référence (VTR), témoins de l’exposition chronique par inhalation,

fixées en moyenne annuelle à 40 μg/m3 pour le NO2 et à 50 μg/m3

pour le SO2 (valeurs guide OMS et objectifs de qualité de l’air en

France à partir de 2010), soit respectivement moins de 7,5% de la

valeur réglementaire pour les NOx et moins de 1,2% pour le SO2 et

très en dessous des seuils d’alerte, témoins de l’exposition aigue,

fixés en moyenne horaire à 400 μg/m3 pour le NO2 et 500 μg/m3 pour

le SO2, y compris si l’on considère les rejets à proximité immédiate

des cheminées de la centrale (4,75% pour le NO2 et moins de 1%

pour le SO2).

Si l’on considère les valeurs seuils avec effet irritatif pour la population

générale, qui sont respectivement de 80μg/m3 pour le NO2 et

100μg/m3 pour le SO2, les concentrations moyennes estimées au

niveau des premières habitations (3 μg/m3 pour le NO2 et 0,5 μg/m3

pour le SO2) représentent environ 4/100eme pour les émissions de

NO2 et 5/1000eme pour les rejets de SO2.

Dans tous les cas, l’indice de risque, calculé en divisant la

concentration estimée au niveau des premières habitations par la

valeur guide de référence la plus restrictive actuellement en vigueur

(VTR), est très nettement inférieur à 1, témoignant d’un risque

acceptable à négligeable en terme d’impact direct sur la santé pour la

population générale située à proximité de la centrale.

 

 

2) Dioxyde de carbone et monoxyde de carbone

 

En conclusion, comme décrit dans ce chapitre, le CO2 n’a aucun effet

direct sur la santé en dehors de circonstances exceptionnelles ou

expérimentales. Ce gaz participe à l’effet de serre responsable du

réchauffement climatique de la planète. Toutefois, par rapport aux

centrales thermiques classiques utilisant d’autres énergies fossiles, la

technologie CCG constitue une amélioration significative dans le bilan

carbone de l’industrie de production électrique. En ce qui concerne le

CO, la concentration annuelle maximale estimée de 31 μg/m3 au droit

des cheminées est plus de 300 fois inférieure à la valeur limite

réglementaire considérée comme n’entrainant pas de risque sanitaire

significatif. Au niveau des habitations les plus proches de la centrale, la

valeur estimée est plus de 1600 fois inférieure à cette même valeur

réglementaire.

 

 

3) Particules en suspension PM10 et PM2.5

 

La production d’électricité, basée sur la technologie du Cycle Combiné

Gaz, produit significativement moins de poussières que la production

d’électricité utilisant d’autres énergies primaires (charbon, fioul).

Les PM2.5 ont été retenues par HAMBREGIE pour l’évaluation des

risques sanitaires par inhalation, ce qui, à notre connaissance, fait

d’HAMBREGIE une des rares entreprises à prendre en compte les

poussières dans l’évaluation des risques sanitaires de ce type

d’installation (cf. Annexe 2).

La valeur toxicologique de référence (VTR) retenue dans le dossier

d’évaluation des risques sanitaires est la valeur la plus basse de toutes

les valeurs réglementaires ou recommandées, soit 10 μg/m3 en moyenne

annuelle correspondant à la valeur guide recommandée par l’OMS, soit

une valeur bien inférieure à la valeur cible de 25 μg/m3 en moyenne sur

24 heures applicable en Europe dès 2010 et qui devrait devenir une

limite contraignante dès 2015 (cf. Annexe 1).

L’étude par simulation numérique, de la dispersion atmosphérique de

polluants, réalisée par le bureau d’étude LECES, est annexée au dossier

de demande d’autorisation d’exploiter une installation classée pour la

protection de l’environnement. Les calculs de dispersion permettent

d’estimer la qualité de l’air aux alentours des sources. La répartition de la

charge de polluants est calculée sur la base de taux d’émissions

prévisionnels, des données météorologiques et de la topographie. Le

modèle utilisé est le modèle ADMS4 considéré par l’US EPA, l’INERIS,et

l’InVS comme la nouvelle génération des modèles de dispersion

atmosphérique de type gaussien. Par ailleurs, les avantages et les

limites de ce type de logiciels sont connus et publiés.

Les résultats sont présentés dans l’annexe 3. Pour les PM 2.5, la

concentration annuelle maximale estimée est de 3,6 μg/m3 au droit des

cheminées. Au niveau des habitations les plus proches, situées environ

à 1060m des cheminées, les concentrations annuelles estimées sont

très faibles, au maximum évaluées à 0.6 μg/m3, soit un niveau très

inférieur aux 10 μg/m3 en moyenne annuelle correspondant à la valeur

guide recommandée par l’OMS, ou aux 15 μg/m3 constituant l’objectif de

qualité recommandé notamment par le Conseil Supérieur d’Hygiène

Publique de France (CSHPF) (cf. Annexe1).

82

Pour les PM 2.5, l’estimation du risque pour les effets chroniques à seuil

(non cancérogènes) au niveau des premières habitations, situées à

environ 1060 m des cheminées, par le calcul de l’indice de risque

(IR=rapport de la concentration moyenne d’exposition sur la VTR

retenue soit 0.6/10) donne le résultat de 0.06, soit un IR très inférieur à

1, habituellement qualifié d’acceptable, ou non générateur d’effet

significatif sur la santé.

 

RECOMMANDATIONS

 

Bien que non obligatoire, il serait intéressant de se renseigner sur

l’implantation actuelle, mais aussi future, des capteurs de mesures de la

qualité de l’air de l’AASQA qui s’occupe de la région à savoir AtmoLor,

ou de la DRIRE. Ces organismes disposent peut-être déjà de résultats

de mesures sur les communes avoisinant la zone d’implantation de la

centrale.

A défaut, Il serait intéressant de réaliser avant la construction de la

centrale des mesures de la qualité de l’air autour de la zone prévue pour

l’implantation.

Bien que la réglementation ne l’impose pas, il serait certainement aussi

intéressant d’étudier la faisabilité de mesures des PM2.5 en sortie de

cheminées.